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Histoire des Vacances

Introduction

Les vacances sont à l’origine de nos meilleures histoires. C’est l’occasion de sortir de notre routine pour reprendre notre liberté, celle de nous tourner vers de nouvelles expériences et de nous occuper un peu de nous. Les plus belles vacances, celles dont on se rappelle toute sa vie, sont celles où l’on fait ces expériences par soi-même. Que l’on voyage seul ou avec ses proches, ce qui compte, c’est de pouvoir avoir notre mot à dire dans cette expérience que l’on crée. Mais d’où vient l’idée de partir en vacances ? D’un éclair de génie, ou bien du besoin impérieux de quitter son quotidien ?

Comme pour toute bonne histoire, il nous faut revenir à son origine. Nous commencerons ici avec les Romains, qui lorsqu’ils n’étaient pas occupés à conquérir le monde, étaient bien connus pour savoir profiter de la vie. Nous connaissons leur goût pour les combats de gladiateurs et la nourriture excessivement abondante, mais avaient-ils pour autant la notion de vacances telle que nous la connaissons aujourd’hui ?

Nous continuerons ensuite avec l’évolution des vacances sur les deux derniers millénaires, en distinguant la réalité de la fiction, et en nous mettant à la place des voyageurs aventureux. Enfin, nous sortirons notre boule de cristal pour essayer de voir à quoi ressemblera l’avenir.

Les premières excursions

L’Europe du 21e siècle serait en tout point inconnu à un voyageur romain. Il serait stupéfait par notre technologie, ainsi que par la diversité des pays et des modes de vie. Il trouverait cependant peut-être un peu de réconfort dans l’idée que les vacances sont toujours aussi appréciées, puisque c’est à Rome qu’est né ce concept. Les Romains sont en effet la première civilisation à voyager pour le plaisir. Cependant, au lieu de partir seulement une ou deux semaines, les riches Romains pouvaient parfois s’absenter pendant deux ans !

Tony Perrottet historien et voyageur, explique que les Romains ont été les premiers à voyager. En effet, l’Empire romain est la première civilisation à connaître une période de paix et prospérité propice aux voyages. Ils commencent alors à construire les infrastructures nécessaires à un temps de loisir.

A cette époque, le travail de sécurisation des frontières et du commerce contre les bandits mené par l’armée et la marine, ainsi que l’élargissement progressif des frontières elles-mêmes, donnent aux citoyens la liberté de voyager sans quitter la juridiction romaine. Cette liberté donne naissance à des auberges, des restaurants et à la profession de guide touristique, tout ce dont le voyageur novice peut avoir besoin pour profiter de son périple.

Les Romains possèdent même des livres-guides, comme celui de Pausanias, Description de la Grèce, qui a fait office de précurseur en la matière. C’est un classique du genre, qui donne de précieuses informations sur la géographie du pays, son art religieux et son architecture, en détaillant les rituels anciens.

Il est cependant en dix volumes, et les liseuses n’étant pas encore d’actualité à l’époque romaine, il prend plus souvent la poussière sur des étagères qu’il n’est feuilleté sur le Forum, à moins bien sûr que le voyageur ait un esclave sous la main pour porter les volumes.

Les temps obscurs

Avec la chute de Rome et la montée de ce que d’aucuns ont appelé « l’âge des ténèbres », le concept de vacances tel que nous le connaissons s’est lui-même absenté quelque temps. Pendant toute l’époque médiévale, voyager n’est pas un loisir les gens voyagent principalement pour chercher de nouvelles terres à conquérir ou ravager celles de l’ennemi.

Les invasions barbares qui ont souvent concerné le territoire français sont la première chose qui vient à l’esprit lorsqu’on parle du Moyen-Âge. On imagine aisément que cela n’encourageait pas vraiment les populations à s’aventurer loin de chez elles ! Avec la menace constante de batailles et l’insécurité régnant sur les routes, la destination la plus lointaine de la plupart des Européens est le village voisin, où sont célébrés mariages ou les saints. Les vocations religieuses sont une exception à cela. Elles se traduisent souvent par la pratique du pèlerinage. Les pèlerins sont très bien encadrés lorsqu’ils arpentent les sentiers anciens. Le Guide du Pèlerin de Saint-Jacques, attribué à un moine poitevin et rédigé en latin au milieu du XIIe siècle, est sans doute l’un des premiers ouvrages du genre de l’époque médiévale.

Le sud de l’Italie fait le lien entre les deux piliers de l’Europe chrétienne, Rome et Jérusalem. Tout un réseau d’auberges, de marchands et de monastères fournit aux pèlerins tout ce qui est nécessaire à leur voyage. Les voyageurs les plus ambitieux parviennent à parcourir presque toute l’Europe au cours de leur pèlerinage, comme a pu l’illustrer la fameuse œuvre de Matthew Paris du XIIIe siècle, La Carte de l’Itinéraire de Londres à Jérusalem.


« Le Grand Khan se sert de ces billets pour payer ce qu'il doit. […] Sur les terres qui relèvent du Grand Khan, les gens les utilisent comme si c'était de l'or fin pour payer les marchandises qu'ils achètent ou qu'ils vendent. » – Marco Polo, Le Livre des merveilles.


Ceux qui ne sont pas faits pour la vie de pèlerin, mais souhaitent voyager quand même peuvent s’engager dans la marine marchande. Le nom de Polo est très connu aujourd’hui en tant que sport aquatique, mais la célébrité de Marco Polo vient surtout de son épique voyage de 24 ans, raconté dans Le Livre des merveilles. La plupart des histoires qu’il raconte paraîtrait incroyable à notre époque, mais ses contemporains sont surtout stupéfaits par sa description de la monnaie papier utilisée en Chine. En effet, la plupart des Européens se servent alors de pièces de métal et cette utilisation du papier leur est totalement inconnue.

« Le Grand Khan se sert de ces billets pour payer ce qu'il doit. […] Sur les terres qui relèvent du Grand Khan, les gens les utilisent comme si c'était de l'or fin pour payer les marchandises qu'ils achètent ou qu'ils vendent. » - Marco Polo, Le Livre des Merveilles. Ces différents voyages ont tous en commun leur longueur. Sans possibilité de voyager par d’autres moyens que le cheval ou le bateau, partir à l’étranger prend forcément beaucoup de temps. Comme pour la plupart des luxes de l’époque, le voyage de loisir est réservé à une infime minorité, c’est-à-dire ceux qui sont assez riches pour ne pas travailler et qui n’ont par ailleurs aucune responsabilité les liant à leur ville d’origine. Ceux qui font partie de cette chanceuse élite peuvent profiter de leurs voyages pour découvrir le monde.

Voyages royaux et explorations

Au XVIe siècle, les déplacements de loisirs sont réservés à la royauté et à la cour. Ils consistent la plupart du temps en un séjour du roi dans différentes villes. Louis XII est l’un des premiers rois de France à lancer la mode d’une cour « nomade », qui se déplace de château en château au cours de l’année. Le roi et sa cour restent quelques semaines avant de repartir pour un autre lieu.

Si les déplacements royaux se font surtout pour le plaisir et « l’agrément », comme la chasse (qui explique l’attrait de la campagne), le roi se rend aussi dans les villes pour se montrer. Sans les réseaux sociaux et les magazines que nous connaissons aujourd’hui, le peuple ne connaît pas son souverain. Les entrées du roi dans les villes servent donc notamment à combler cette lacune, en présentant le roi après son sacre, ou bien lors d’autres occasions.

Charles IX entreprend un long voyage de ce genre en 1564, accompagné par sa mère Catherine de Médicis, après la première guerre de religion qui a ravagé la France. Jusqu’en 1566, il parcourt ainsi tout le pays dans le but d’en apprendre plus sur un peuple et un territoire dont il est trop éloigné, et qu’il connaît mal. Il part d’abord vers l’est du pays, puis suit le Rhône et la Saône pour se rendre en Provence, dans le Languedoc et l’actuel Pays basque, avant de remonter la façade atlantique jusqu’à la vallée de la Loire. Les monarques, toujours accompagnés de leur suite, se déplacent le plus souvent à cheval, car c’est encore à l’époque le moyen de transport le plus rapide.


La cour de François Ier n’hésite pas à se déplacer avec toutes ses affaires, jusqu’à l’argenterie et même au mobilier !


Sous François Ier, jusqu’à 10 000 personnes peuvent accompagner le roi dans ses déplacements. La cour en faisait partie bien sûr, mais également le personnel de la « maison du roi », c’est-à-dire l’administration, qui comprend certes des branches militaires mais aussi domestiques. Sans problème de douane, la cour de François Ier n’hésite pas à se déplacer avec toutes ses affaires, jusqu’à l’argenterie et même au mobilier ! Les tapisseries par exemple, éléments décoratifs très prisés, sont soigneusement emballées et déplacées pour la décoration du château choisi par le roi pour son séjour. Certains membres de la maison du roi sont spécialement chargés de veiller au bien-être du roi, mais aussi de la décoration à la nourriture en passant par l’ameublement. Le Grand Veneur est par exemple chargé de la chasse, les échansons du vin, les panetiers du pain… Une fois le roi et la cour installés, on s’amuse lors de parties de chasse, on joue à des jeux de boules et de quilles, mais aussi au jeu de paume, l’ancêtre du tennis, auquel sont réservées certaines aires spécifiques de Blois et d’Amboise.

La vallée de la Loire et ses châteaux réputés ont vu François Ier se déplacer souvent, pouvant changer de résidence entre 40 et 110 fois par an affirmant ainsi la mode d’une cour itinérante. En 1905, il a été établi par des érudits que le roi que c’est au Louvre que le roi est resté le plus longtemps au même endroit. Il y est resté 1 233 jours soit seulement 3 ans et 5 mois sur ses 32 ans de règne ! Le Louvre restera la résidence royale par excellence jusqu’à l’époque de Louis XIV.

Voyager à la Renaissance

Au début de la Renaissance, voyager permet surtout de conclure des affaires ou de partir se battre. Les moyens de transport sont relativement limités, les routes souvent bosselées et dangereuses, notamment à cause des bandits qui y sévissent. L’aristocratie est la seule à pouvoir se permettre de voyager en toute sécurité, accompagnée par des groupes de soldats. Prendre la mer peut également se révéler périlleux, à cause des pirates sillonnant les mers ainsi des violentes tempêtes lors desquelles de nombreux bateaux font naufrage. Les auberges permettent de s’abriter et sont très fréquentées par les voyageurs. Elles sont pourtant chères, sales et inconfortables : les voyageurs y partagent des lits simples. Elles sont plus souvent utilisées par les marchands que par les touristes. Ceux qui ont la chance d’être réellement en vacances logent généralement chez leurs amis ou chez les membres de leur famille, où ils peuvent profiter du même confort que chez eux.

La Renaissance voit grandir la popularité de l’exploration. Les progrès de la construction navale remplacent les bateaux à rames par les galions, ce qui encourage un plus grand nombre d’hommes à prendre la mer pour satisfaire leur curiosité pour le Nouveau Monde et à faire l’expérience de choses qu’ils pourraient raconter à leur entourage. Des explorateurs tels que Jacques Cartier, qui découvre une partie du Canada au XVIe siècle, prennent la mer et font plusieurs découvertes historiques. C’est en parcourant les mers qu’ils s’aperçoivent que le sel est souvent utilisé comme monnaie : c’est de là que vient notre terme de « salaire » ! Cette soif d’aventure s’accompagne de nombreux risques, mais est aussi très gratifiante, pour les explorateurs de l’époque comme pour nous. C’est grâce à eux que nous pouvons profiter notamment du chocolat et des pommes de terre. Ces produits nous paraissent banals aujourd’hui mais ils ont été découverts lors de voyage au bout du monde.

La modernisation du voyage

Au 18e siècle, les artistes et les aristocrates anglais reprennent la tradition romaine du tour d’Europe. Mary Shelley a par exemple écrit son célèbre roman Frankenstein lors d’un tel voyage. En France, Stendhal, Flaubert et Nerval ont aussi écrit des carnets de voyage.

Malgré des progrès considérables en 1500 ans, voyager reste parfois assez difficile. Les routes romaines n’existent plus, les territoires sont plus difficiles à traverser et à parcourir. Nous sommes avant les innovations techniques telles que celle de MacAdam. Quelques privilégiés des tours d’Europe se débrouillent parfois pour loger dans leur famille ou de simples connaissances. Ce réseau de connaissances sous-tend aussi un autre élément crucial : l’obtention de monnaie étrangère. Tony Perrottet explique que cela se fait de deux façons :

- La plus simple est de transporter son propre coffre-fort rempli de monnaie, mais c’est assez risqué et limité dans le temps ! - La deuxième, plus pratique, consiste à avoir sur soi des lettres de recommandation attestant de son identité et de ses moyens financiers. Durant la Renaissance et jusqu’au XVIIIe siècle, les voyageurs apportent ces lettres à la personne qui les reçoit et peuvent ainsi se faire remettre de la monnaie locale contre la promesse d’un paiement dans leur monnaie une fois chez eux. Ces lettres sont essentielles au voyageur, et sans elles, il ne peut compter que sur sa seule bonne foi et les espèces sonnantes et trébuchantes qu’il peut avoir sur lui.

La révolution industrielle voit la progression de la locomotive à vapeur, qui permet de réduire considérablement les temps de trajet. En France, une ligne de chemin de fer Paris-Dieppe est inaugurée en 1848, et réduit alors des deux tiers le temps nécessaire pour relier les deux villes : Le trajet ne dure plus que 4 heures au lieu de 12 auparavant.


Au XIXe siècle, des cabines sont installées sur des charrettes tirées par des chevaux, permettant aux femmes de l’aristocratie de se changer le temps que la cabine arrive dans l’eau.


Les déplacements sur la côte deviennent très prisés au 19e siècle, comme en Normandie, avec la grande mode des bains de mer. La région attire une partie de l’aristocratie de la Restauration, et notamment la duchesse de Berry, qui passe plusieurs saisons consécutives à Dieppe. La Normandie est en effet relativement proche de Paris et permet donc de s’éloigner facilement de la capitale, tout en maintenant son cercle social.

Trouville-sur-Mer est aussi une destination réputée dans les années 1830 et 1840. Le Second Empire voit ensuite le développement de ce que l’on appelle aujourd’hui les stations balnéaires, qui restent malgré tout réservées à une élite, mais qui s’étendent aussi à la façade atlantique, comme aux Sables-d’Olonne ou à Biarritz. Vers la fin du siècle, la clientèle de ces stations n’est plus seulement aristocrate et bourgeoise : grâce au train, les classes moyennes peuvent désormais s’y rendent aussi, même si elles privilégient encore les stations les plus proches de leur domicile.

Les vacances à la mer sont toujours très populaires aujourd’hui et sont l’image même de la détente et du tourisme estival. Quelques points ont cependant évolué depuis l’époque, notamment en ce qui concerne l’habillement. L’historien Marc Boyer nous raconte qu’au début du XIXe, la « vie de plage » n’existe pas encore, et qu’on se contente souvent de faire de longues promenades sur le front de mer. Lorsque l’on commence à se baigner, cependant, c’est dans une tenue en tissu fluide, que l’on retire immédiatement après le bain pour éviter de montrer son corps.

Des cabines de déshabillage existent pour que l’on puisse mettre et enlever sa tenue de bain. Une fois changé, il fallait entrer rapidement dans l’eau pour ne pas trop être vu par les autres vacanciers. Au retour du bain, on repasse par cette cabine pour se sécher et enfiler sa tenue de ville.

Ces cabines sont installées sur des charrettes tirées par des chevaux, permettant aux femmes de se changer le temps que la cabine arrive dans l’eau. Elles descendent ensuite par des escaliers, soutenues par des « guides-jurés », certifiés pour ne pas attenter à leur pudeur, qui doivent ensuite les aider à remonter. Au milieu du XIXe siècle, certains baigneurs adoptent le maillot de bain, plus près du corps, mais restent minoritaires jusqu’à ce que la natation devienne prisée, au siècle suivant.

Une nouvelle ouverture sur le monde

Pour les personnes fortunées, les vacances ne se limitent pas aux côtes françaises, et les bateaux à vapeur leur permettent maintenant de visiter d’autres continents et d’explorer de nouvelles terres.

Au 19e siècle, l’Égypte est une destination particulièrement appréciée pour son exotisme et le dépaysement qu’elle procure. De plus, c’est un pays plus accessible qu’auparavant : en 1849, il ne faut plus que neuf jours pour se rendre à Alexandrie depuis le sud de la France. On publie des guides contenant des conseils et des informations sur l’exploration d’autres pays et d’autres cultures, et la littérature de voyage connaît un fort développement. On visite aussi beaucoup l’Algérie, dont le Guide Joanne, le premier guide paraît en 1862.

L’Orient devient un objet de fascination vers la fin pour de nombreux artistes et aristocrates, et il est très présent dans la littérature de voyage.

A cette époque, les premières agences de voyage voient le jour et les hôteliers sont incités à s’adapter aux habitudes de la bourgeoisie urbaine, qui recherche avant tout le confort qu’elle connaît chez elle.

L’apparition des guides et leur popularité grandissante à la fin du XIXe siècle modifient en profondeur les habitudes de voyage : désormais, tout est une question d’organisation minutieuse, de passages obligés et de « visite panoramique », avec un goût pour les belvédères et points de vue. Les guides multiplient les conseils et informations pratiques : ils mettent en garde contre le personnel insolent, les caprices de la météo, mais aussi les possibles vols.

Entrer dans un autre pays n’est cependant pas une sinécure. Il n’existe alors pas de passeport et passer les frontières est parfois difficile. Les voyageurs et leurs bagages sont souvent fouillés, et les produits d’importation de luxe tels que le tabac fortement taxés. La contrebande devient rapidement un moyen de faire entrer des produits de luxe dans un pays, et beaucoup de voyageurs prennent l’habitude de donner des pots-de-vin aux agents des douanes.

La révolution industrielle ouvre la voie à de nouveaux moyens de transport. L’Orient-Express est le meilleur exemple. Inauguré en 1883, il transporte les voyageurs à travers tout le continent eurasien, tandis que le bateau à vapeur permet au XXe siècle de démocratiser le voyage en mer. Bien sûr, aujourd’hui, les temps de trajet nous paraissent incroyablement longs, à côté de nos trajets en avion : rallier New York depuis Londres prenait alors neuf jours !

Mais ces voyages sont emblématiques, et l’inauguration d’un nouveau paquebot fait généralement la une des journaux. Ce fût le cas du Normandie en 1935. Aujourd’hui, on se souvient du Titanic pour son naufrage catastrophique, mais son lancement fut accompagné à l’époque d’une grande ferveur. Pouvoir voyager ainsi est alors un exemple de ce qui fait toute la beauté du progrès.

En 1903, les frères Wright sont les premiers à travailler sur le concept d’aéroplane et ouvrent la voie à un progrès considérable qui changera notre façon de voyager de façon irréversible.

Les années 1920 voient se répandre l’idée d’un patronat paternaliste, à l’image d’Henry Ford aux États-Unis, qui augmente les salaires de ses employés, leur permettant ainsi de voyager plus facilement sur leur temps libre.

Grâce à la production de masse, les automobiles deviennent elles aussi beaucoup plus abordables et ne sont plus uniquement réservées aux riches. L’automobile devient vite le moyen de transport préféré des voyageurs du 20e siècle, car elle est économique et permet plus de liberté que le train.

Pour le tourisme de masse, le train et le bateau restent les moyens de transport les plus utilisés. De plus en plus de gens visitent des pays exotiques dont ils ne connaissent rien. Ces pratiques touristiques voient l’apparition de la mode du bronzage : la peau hâlée devient alors un signe de statut social élevé qu’on envie.

Le sport est également une nouvelle dominante des vacances : c’est ainsi qu’on apprécie de plus en plus les sports d’hiver, et que les séjours à la montagne gagnent en popularité. Le premier hôtel de luxe est construit à Megève en 1921 et il est très à la mode de passer les fêtes de Noël à la neige.

Au cours des années 1920, le voyage par les airs avance lui aussi à grands pas. Si les avions sont alors surtout utilisés pour le courrier, on commence déjà à imaginer les possibilités qu’ils offriraient en tant que moyen de transport. Dès 1919, à Cabourg, on propose même un service « avions de promenade », qui permet de rallier Paris en quelques heures.

En 1928, un dirigeable allemand, le Graf Zeppelin, transporte 20 passagers et un équipage de 43 membres lors du tout premier vol commercial. En septembre 1929, le Graf Zeppelin effectue son premier vol autour du monde.

La révolution de l’avion

Les vacances ont connu leur véritable essor au XXe siècle. L’arrivée au pouvoir en 1936 du Front Populaire est symbole d’espoir pour les Français, et c’est à cette époque que sont instaurés les premiers congés payés : douze jours par année travaillée, les Français ont pour la première fois des vacances. Même si la pratique ne passe pas tout de suite dans les mœurs, les ouvriers ayant du mal à concevoir un temps qui ne soit pas dévolu au travail, c’est une mesure symbolique qui met en place l’idée d’un temps de loisirs. C’est là qu’avec les réformes des congés scolaires pour les enfants, on commence à associer les vacances avec la période estivale. L’industrie touristique s’est ensuite fortement développée après-guerre et dans les décennies prospères que sont 1950 et 1960. Les mesures du Front Populaire sont prolongées par l’introduction d’une troisième semaine de congés payés en 1956, puis d’une quatrième en 1969. On dépense de plus en plus pour les vacances, qui occupent désormais une place centrale dans les loisirs. Les grandes villes deviennent désertiques en période estivale, et on leur préfère le bord de mer et les plages. C’est d’ailleurs le premier sens de « vacance », qui signifie « déserter un endroit ». Les villages de vacances sont de plus en plus nombreux, popularisés par les Villages Vacances Familles dans les années 1960. Ce modèle de vacances communautaires séduit les Français.

Le train a facilité les déplacements, mais l’avion, lui, a démocratisé le voyage à l’étranger. Dès les années 1970, les villages de vacances commencent à passer de mode, et on leur préfère les forfaits vacances, nouveaux, passionnants, et surtout très bon marché.

La fondation du Club Méditerranée en 1950 puis son développement changent considérablement la face du tourisme français. La totalité du voyage est comprise depuis le trajet jusqu’à l’hébergement, en passant par les loisirs une fois sur place.

Les destinations les plus prisées sont alors l’Italie, la Sicile, puis les Antilles dès 1955. On prend soin des vacanciers en leur proposant repas à volonté et activités encadrées.

À partir des années 1960 et 1970, les Français deviennent friands de vacances en Espagne, qui réunissent deux critères alors primordiaux : le soleil et le sable. Ce qui commence par des visites de village de pêcheurs ne possédant qu’une demi-douzaine de petits hôtels et quelques bars se transforme alors rapidement en véritable industrie, de nouvelles villes émergeant dans la péninsule ibérique, avec des gratte-ciels, des piscines, des courts de tennis et un nombre incroyable de bars et de boîtes de nuit. La chambre avec salle de bains attenante se développe également. Une partie des Français découvre alors des lieux de vacances parfois mieux équipés que son propre intérieur.

En effet, jusque dans les années 1950, dans de nombreuses habitations, les toilettes sont situées dans la fameuse « cabane au fond du jardin ».

Les Baléares et notamment les îles de Majorque et d’Ibiza sont alors des destinations extrêmement populaires, tout comme la Costa Brava. Les villages de pêche se transforment rapidement en villes uniquement conçues pour le tourisme. Benidorm est même surnommée la « Manhattan espagnole », avec le ratio gratte-ciels/habitants le plus élevé du monde. Au cours de la décennie suivante, ces forfaits vacances commencent à attirer un public bien précis : les jeunes couples en lune de miel, les familles, mais aussi les jeunes entre 18 et 30 ans, qui eux cherchent avant tout à s’amuser.


Les villages de pêcheurs se transforment rapidement en villes uniquement conçues pour le tourisme. Benidorm est même surnommée la « Manhattan espagnole », avec le ratio gratte-ciels/habitants le plus élevé du monde.


Les années 1980 sont synonymes d’une cinquième semaine de congés payés, mais aussi de l’instauration du chèque-vacances, qui vise à permettre aux salariés de partir plus facilement. Édités par les comités d’entreprise, ils sont utilisables pour payer le transport, l’hôtellerie et la restauration.

Les voyageurs deviennent alors plus indépendants, accordant moins d’importance aux avantages apportés par les vacances « tout compris » et aux agents de voyage trop bronzés qui les vendent, commençant d’ailleurs à trouver les excursions proposées un peu ringardes.

On recherche de nouvelles expériences, on veut découvrir des joyaux inexplorés, voyager hors des sentiers battus, pour des vacances uniques. Avec l’observation des orang-outans en Indonésie, les bateaux de pêche conduisant jusqu’aux îles Gili, et jusqu’aux randonnées à cheval entre Argentine et Brésil par les chutes d’Iguazu, le monde entier veut explorer selon ses propres envies.

Aujourd’hui, ce n’est plus seulement l’organisation de nos vacances qui nous intrigue. Ces dix dernières années ont vu l’augmentation du nombre des émissions de voyage sur nos écrans de télévision. Entre J’irai dormir chez vous, les Nouveaux Explorateurs ou Rendez-vous en terre inconnue, chacun peut trouver l’émission qui lui correspond et lui souffle l’envie de voyager. Notre soif de découverte et d’expériences uniques n’est pas près d’être étanchée puisque les nouvelles générations ont aussi attrapé le virus du tourisme. Chaque année, une nouvelle génération d’étudiants prend une année sabbatique pour faire le tour du monde, sac au dos, rejoignant dans sa démarche les presque trentenaires qui souhaitent faire une pause dans leur carrière, les jeunes mariés qui profitent d’une dernière aventure avant de faire des enfants, et les parents désormais seuls qui font plutôt du yoga et des retraites de plusieurs mois dans des ashrams du nord de l’Inde. Notre recherche de l’aventure par excellence continue à tout âge et dans tous les milieux.

Plus besoin d’orfèvre

Les années 1970 ont vu la croissance des bureaux de change indépendants, qui ont donné aux consommateurs une façon plus simple de se procurer des devises étrangères lorsqu’ils sont en voyage. Du centre-ville aux ports en passant par les ferries puis finalement les aéroports eux-mêmes, le bureau de change est devenu dans les années 1980 une étape incontournable de l’industrie touristique et un moyen rapide et efficace pour les voyageurs de se procurer la monnaie locale. On a beaucoup évolué depuis le temps où il fallait trouver un orfèvre… !

En 1976,la première Travelex boutique a ouvert sur Southampton Row à Londres, sous l’impulsion de l’entrepreneur Lloyd Dorfman. Alors que nous fêtons notre quarantième anniversaire, on peut dire que Travelex a beaucoup évolué depuis cette unique boutique jusqu’à nos 1 400 magasins actuels, présents dans 29 pays.


Le voyage de demain

Si les vacances fascinent tant notre imaginaire, si nous sommes tellement obsédés par la création de nouvelles expériences, c’est parce que c’est dans notre nature. Notre histoire est faite d’innovations, de découvertes de frontières nouvelles, et de moments où l’on se demande quelle sera l’étape suivante. C’est pourquoi, en 2016, nous nous sommes demandé à quoi ressembleront les vacances de demain.

Ce qui nous attend, c’est ce qui nous a toujours poussés à explorer de nouveaux horizons, à voir ce qu’il y avait de l’autre côté et à s’aventurer au-delà des limites de notre planète. Nous ne nous posons pas ces questions parce que notre vie actuelle ne nous satisfait pas, mais parce que c’est dans la nature de l’Homme de continuer à explorer et à imaginer l’avenir. En ce qui concerne le tourisme, l’avenir, c’est bien sûr l’espace.

Le voyage dans l’espace a toujours fasciné. Nous rêvons de visiter la Lune et même au-delà. Mais pour la première fois de notre histoire, on constate une volonté de créer de véritables colonies dans l’espace. Cet ambitieux projet vient notamment d’Elon Musk et de son projet Space X. Musk déclare vouloir aider l’humanité à créer un cadre de vie durable sur Mars, mais doute malheureusement que sa concrétisation ait lieu de son vivant.

Cependant, pour nos petits-enfants et leurs enfants, la perspective de partir en vacances sur Mars est une vraie possibilité. Au-delà même des vacances, l’espace continue d’exercer un attrait certain, comme en témoigne le succès de films tels que Interstellar et Gravity ces dernières années.


Elon Musk déclare vouloir aider l’humanité à créer un cadre de vie durable sur Mars, mais doute malheureusement que sa concrétisation ait lieu de son vivant.


De courts voyages dans l’espace deviennent aussi possibles, même si cela ne concerne que les personnes très aisées. Pourtant, comme nous l’avons vu dans notre plongée dans l’histoire du tourisme, ce qui commence comme un loisir d’élite devient presque toujours accessible au plus grand nombre. 700 personnes se sont déjà inscrites pour un vol dans l’espace avec la compagnie Virgin Galactic, et elles seront sans doute les premières d’une longue série.

Pour ceux qui ne veulent pas attendre aussi longtemps, que penser de l’évolution des vacances dans les dix ou quinze prochaines années ? Nous verrons probablement des progrès technologiques fulgurants.

Skyscanner a publié un rapport qui formule l’hypothèse que d’ici 2024, nous n’interagirons plus avec des humains à notre arrivée dans un hôtel. Au contraire, les chambres seront intégralement équipées d’appareils numériques, et même d’oreillers contenant des composants électroniques chargés de nous réveiller le matin.

Les profondeurs sous-marines seront aussi ouvertes aux vacanciers. Il y a tant à voir et à faire sous l’eau que certains se demanderont sûrement pourquoi l’on voudrait s’embêter à aller dans l’espace. Pourquoi s’en aller voir l’obscurité, quand on peut voir les merveilles sous-marines ?

Il est impossible de réfléchir aux vacances du futur sans envisager l’impact des appareils de réalité virtuelle. Il est en effet très tentant d’avoir un aperçu de sa villa de Tenerife, de sa yourte de la New Forest ou bien de sa croisière dans les Caraïbes avant de verser sa caution.

En intégrant les avis les plus récents dans l’expérience virtuelle, on pourrait par exemple voir chaque élément d’un bateau de croisière et non seulement avoir un visuel de sa magnifique salle de restaurant, mais aussi avoir une idée du service, et savoir s’il est digne d’un quatre étoiles ou tout à fait déplorable.

Les hôtels Marriott offrent déjà des services de réalité virtuelle à leurs clients et ce sera le cas de plus en plus de groupes hôteliers à l’avenir. Des outils tels que l’Oculus Rift font de la réalité virtuelle un progrès accessible à tous, et pas uniquement réservé à ceux qui connaissent bien la technologie.

Nous ne pourrons peut-être jamais voyager dans le temps, mais avec nos futurs voyages, nous retrouverons l’esprit d’exploration qui a poussé nos ancêtres à voyager eux-mêmes.

Qu’elles consistent à parcourir les profondeurs ou à faire du patin à glace sur Mars, les vacances continueront à captiver notre imaginaire. Notre volonté de créer ces moments parfaits dont nous nous rappellerons toute notre vie nous aidera à continuer de repousser les limites de nos expériences.